D’origine infectieuse, le cancer du col de l’utérus est évitable grâce à un suivi gynécologique régulier. Mais cette surveillance reste largement insuffisante en France, où la moitié des femmes passent au travers. Un problème que devra résoudre la prochaine campagne de dépistage.

Selon les estimations effectuées en l’an 2000, on compte 3387 nouveaux cas de cancer du col de l’utérus et 1 000décès par an en France. Des chiffres qui incitent lesautorités de santé à se pencher surl’intérêt du dépistage.Un cancer 100 % évitableEn France, le cancer du col de l’utérus se situe au 7e rangdes cancers féminins (en terme de nouveaux cas) etreprésente la 12e cause de mortalité par cancer chezla femme. Des caractéristiques qui en font donc unepriorité de santé publique retenue dans les objectifsdu plan cancer.Cette maladie est précédée pendant 10 à15 ans par des lésions précancéreuses,identifiables par frottis. La détection précoce deces lésions et leur traitement permettent d’éviter oude réduire le risque d’évolution vers un cancer. Del’autre côté de la Manche, le programme national dedépistage britannique sauverait ainsi chaque année 5000 vies selon des estimations publiées en juillet 2004.Mais en France, le dépistage est laissé àl’initiative de chacune. Certes, il est recommandéd’effectuer un frottis tous les 3 ans après 2 frottisannuels normaux chez les femmes de 25 à 65 ans. Mais onestime que 40 à 45 % des femmes continuent à ne passe faire dépister. Et plus de 70 % des cancers surviennentchez ces femmes…Mais une campagne nationale de dépistage devraitprochainement débuter. Elle a pour objectif d’atteindre 80 %des femmes âgées de 25 à 69 ans.Un dépistage à initier dès 25 ansMais avant de lancer une telle opération, encore faut-ildisposer d’un tableau plus précis de la situation actuelle.C’est l’objet d’une étude conduite en Ile-de-France. Cesdonnées permettront également de juger de l’impact dela prochaine campagne.Entre le 20 septembre et le 20 décembre 2004, lesgynécologues, les médecins généralisteset les anatomo-cyto-pathologistes (spécialistes en charge del’interprétation des frottis) ont été misà contribution. Parmi les frottis étudiés(plus de 250 000), 3 % environ comportaient des anomalies. Leschercheurs ont noté des taux de frottis anormauxlégèrement plus importants dans lesdépartements du 77, 93 et 95. Une tendance qu’ils expliquentpar le lien entre l’état de santé, l’accès ausoin et le niveau socioéconomique des patientes.Même si le pourcentage des différentes anomalies variesignificativement selon la classe d’âge, le taux de certaineslésions précancéreuses augmentant chez lesfemmes à partir de 25 ans. Ce qui justifierait la mise enplace du dépistage dès cet âge.Assurer un suivi gynécologique au-delà de 65ans62 % des cancers du col sont diagnostiqués après 55ans. C’est à partir de cet âge, et mêmeau-delà, que le risque est maximal. 11 % des frottisanormaux après 65 ans révèlent un cancer.Ces chiffres confirment qu’il faut poursuivre le dépistageaprès 65 ans chez les femmes n’ayant pasbénéficié de frottis avant cet âge.Pourtant, ces femmes n’ont pour la plupart pas de suivigynécologique. La solution pourrait passer par lesmédecins généralistes qui restent dans laplupart des cas les seuls interlocuteurs santé capables deréaliser les frottis chez ces personnes. “L’implicationparticulière des médecins généralistesest donc primordiale car elle constitue une opportunité debénéficier d’un examen de dépistage dans cetteclasse d’âge“.Mais actuellement, ces professionnels de santé sontactuellement peu impliqués dans le dépistage ducancer du col de l’utérus, comme le confirme cetteétude. En effet, seuls 4 % des frottis avaientété prélevés par desgénéralistes…L’expérience alsacienne unique en FranceMais dès 1990, une action de santé publique originalea été initiée en Alsace afin d’assurer lapromotion du dépistage du cancer du col de l’utérus.Unique programme régional de dépistage, la campagneEve a enregistré 1 258 000 frottis ; 445 000 femmes y ontparticipé. 2 536 dysplasies sévères (anomaliedont le risque d’évolution vers le cancer est de l’ordre de30 %) ont été dépistées et 240 cancersont été découverts.Médecin coordinateur de cette action, le Dr Muriel Fender necache pas sa satisfaction : “Aujourd’hui, nous estimons toucher 73% des femmes de 25 à 65 ans. Grâce à descampagnes de sensibilisation, des courriers personnels, mais aussien partie grâce à quelques particularitésrégionales qui permettent un meilleur remboursement de cesactes“. Comme le suggère l’étude de l’InVS, elleavoue également que certaines populationsdéfavorisées (femmes titulaires de la CouvertureMaladie Universelle notamment) présentent un taux de frottisanormaux plus important quelle que soit la tranche d’âge,essentiellement parce qu’elles n’avaient pasbénéficié de dépistage auparavant.Pour s’attaquer à ce problème, des campagnes desensibilisation spécifiques ont étéinitiées : travail avec des associations deproximité, informations en langue étrangère,etc.La mobilisation du généraliste est égalementun cheval de bataille de l’initiative alsacienne. Selon le DrFender, “Après la ménopause, certaines femmes peuventnégliger leur suivi gynécologique. C’est doncdès 50 ans que les généralistes doivents’impliquer. Mais outre quelques carences dans la formationinitiales des médecins et la plus grande complexitédu geste clinique à ces âges, nos études ontpermis de souligner la réticence de certaines femmes. Uneproportion non négligeable d’entre-ellespréfère dissocier leur santégynécologique de leur santé générale,et ne voit pas le généraliste réaliser un telexamen. Dans ce cas, le médecin a toujours lapossibilité d’orienter la patiente vers unspécialiste“. Encore faut-il qu’il ose aborder lesujet…L’enquête effectuée en Ile-de-France seraréitérée après la mise en place dudépistage, afin de mesurer l’effet de cette campagne sur lenombre de nouveaux cas et le type de lésionsprécancéreuses diagnostiquées. Maisaujourd’hui, les autorités de santé publique doiventdéfinir les termes de cette action nationale : faudra-t-ilsensibiliser toutes les femmes ou se focaliser sur celles n’ayantpas de suivi gynécologique suffisant ? Faudra-t-ilprévoir des dispositifs pour certaines catégories depopulation ? Comment mobiliser les généralistes ?…Autant de points qui devront être prochainementprécisés.David Bême

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