Trois films en neuf années, de l’humour, de l’émotion, des choix forts, un univers visuel beau à tomber et des personnages attachants : voici pourquoi la saga “Dragons” fait partie des meilleures de l’Histoire de l’animation.

ATTENTION – L’article ci-dessous contient des spoilers dans la mesure où il revient sur certains des événements de “Dragons 3”, et notamment sa fin. Veuillez donc passer votre chemin si vous n’avez pas encore vu le film. Pour les autres, rendez-vous après la bande-annonce du long métrage, actuellement en salles.

Dragons 3 : Le monde caché Bande-annonce (2) VO

Le 31 mars 2010 sort sur nos écrans le dix-neuvième film d’animation issu des studios Dreamworks qui, en un peu plus de dix ans, s’est imposé comme le principal concurrent de Pixar dans ce secteur, à une époque où Disney est encore dans le creux de la vague. Même si, malgré les succès de Shrek, Kung-Fu Panda ou Madagascar, il ne parvient pas encore à se hisser au niveau de la firme à la lampe, qui vient d’enchaîner Ratatouille, Wall-E et Là-haut, et s’apprête à asséner le coup de grâce avec Toy Story 3, troisième (et alors dernier) épisode de la saga qui lui a permis de se faire un nom.

Et le hasard veut que ce soit justement l’année où la franchise Toy Story s’achève (provisoirement) que Dreamworks lance celle qui lui permettra de rivaliser. En s’aventurant sur le même terrain et sans avoir peur des émotions. Il y avait bien eu Le Prince d’Égypte ou Spirit, l’étalon des plaines, mais les productions maison se démarquaient surtout grâce à leur côté cartoon et ultra-référencé, dont Shrek était le principal ambassadeur. Mais tout change avec Dragons, en 2010. Librement adapté d’un roman de Cressida Cowell par deux transfuges de Disney, Chris Sanders et Dean DeBlois, réalisateurs de Lilo & Stitch, le long métrage nous renvoie à l’époque des Vikings aux côtéx du jeune Harold, destiné à devenir chef à la place de son père Stoïk (doublé par Gerard Butler et son plus bel accent écossais) dans un monde où combattre les dragons est un sport national.

Comme le film à l’échelle des productions Dreamworks, Harold est pourtant différent. Physiquement et dans l’état d’esprit puisqu’aucun sentiment belliqueux ne l’envahit lorsqu’il se retrouve face au dragon qu’il a blessé : un Furie Nocturne, espèce rarissime, qu’il observe, éduque, baptise Krokmou (en référence à son absence de dents) et grâce à qui il parvient à comprendre les ennemis jurés de son peuple. Et il ne nous faut pas longtemps pour être dans le camp du héros, car il est bien difficile de ne pas craquer devant cette créature, l’une des plus mignonnes qu’ils nous ait été donné de voir dans le monde l’animation. Comme un cousin de Stitch (aucune coïncidence vu le CV des réalisateurs), tant dans l’apparence que le comportement, qui deviendra plus qu’une simple mascotte dans ce qui s’affirmera, au fil des épisodes, comme l’une des meilleures sagas animées de l’Histoire.

PARCE QU’ELLE A SU GRANDIR AVEC SES HÉROS

Tout commence donc le 31 mars. Et même quelques jours plus tôt lorsque Dragons détrône Alice au pays des merveilles de la première place du box-office américain, qu’il occupait depuis trois semaines consécutives. Ce qui n’est pas une grande surprise dans la mesure où Dreamworks était déjà un mastodonte. Mais la rumeur bruisse d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique : leur nouveau bébé serait différent des précédents. Moins porté sur l’humour à tout va et plus sur les personnages et les sentiments, tel un Pixar. Un bruit de couloir que le long métrage ne met pas longtemps à confirmer, après une introduction pleine d’énergie, de gags et de bruits, comme une façon de faire une transition en douceur vers la suite et leur premier récit “adulte”.

Lequel prend la forme d’un conte initiatique et nous raconte l’histoire d’un jeune homme cherchant à trouver sa place dans une société où il ne se reconnaît pas mais dont il est pourtant appelé à devenir le leader. Ce qui arrivera dans les épisodes 2 et 3, respectivement sortis en 2014 et 2019, et situés quelques années plus tard. Car c’est aussi sur ce plan que la saga Dragons a su se distinguer, en grandissant, à l’instar des Harry Potter, en même temps que ses héros et spectateurs. Le premier volet représente ainsi l’enfance et les premiers pas d’Harold et Krokmou dans les salles, le second l’adolescence avec ses crises et ses heurts, et le troisième le passage définitif à l’âge adulte, celui où il faut laisser sa jeunesse et son innocence derrière soi.

Des étapes symbolisées par les différents méchants : d’abord un gigantesque dragon qui représente les terreurs enfantines ; puis le chasseur Drago Poinsanklant et son Alpha, miroir de ce qu’Harold pourrait devenir s’il perdait ses qualités et son esprit positif pour emprunter une voie plus sombre, alors que le retour de sa mère disparue bouleverse le semblant d’équilibre qu’il avait ; et enfin Grimmel, chasseur obsessionnel et antagoniste un peu décevant en tant que tel. Sauf que sa fonction première est de servir de catalyseur au vrai noeud dramatique de l’intrigue, à savoir l’impossibilité pour Harold et Krokmou de parvenir à s’épanouir sans se séparer l’un de l’autre, comme un enfant qui doit définitivement ranger ses jouets pour devenir un adulte. Une conclusion absolument déchirante, mais finalement logique au vu du propos développé, trois films durant, par une trilogie qui n’a pas reculé au moment de poser ce point final, dur mais nécessaire. Il faut dire que le mot “peur” ne faisait visiblement pas partie de son vocabulaire.

PARCE QU’ELLE SU FAIRE DES CHOIX FORTS

La saga Dragons, c’est un héros humain tiraillé par des émotions et dilemnes par lesquels chacun passe, un sidekick craquant, de l’humour, de la couleur, de l’aventure, de la magie et, donc, une histoire de passage à l’âge adulte à l’époque des Vikings. L’ensemble n’est bien sûr pas aussi brutal que ce que l’on voit dans la série du même nom, diffusée sur History Channel, car nous sommes avant tout dans le cadre d’un divertissement familial, qui sait donner de vrai rôle d’importance aux femmes (Astrid et Valka en tête, beaucoup plus fortes que bon nombre d’hommes à l’écran) et où le happy end est de rigueur. Mais cela ne signifie pas qu’il ne peut pas avoir un arrière-goût amer. Comme Disney avec la mère de Bambi ou le père de Simba, ou Pixar avec l’ouverture déchirante de Là-haut, Dreamworks n’a pas hésité à faire des choix forts avec cette trilogie, quitte à bousculer ses spectateurs.

Une ambition qui paraît d’autant plus étonnante aujourd’hui que les oeuvres grand public en semblent trop souvent dénuées, aussi bien en animation qu’en prises de vues réelles, à l’image du Marvel Cinematic Universe qui refusait de tuer un personnage important pendant toute sa Phase 2. Pas de ça ici et notamment dans cette scène de Dragons 2, qui apparaît comme le pivot de la trilogie et au cours de laquelle Krokmou, sous l’emprise de l’Alpha de Poinsanklant, tue Stoïk, le père d’Harold. Un choc aux accents psychanalytiques pour le jeune homme, qui venait de retrouver sa mère et se révèle involontairement responsable de ce décès, consécutif à son choix d’élever celui qu’il devait initialement chasser.

Comme dans les meilleurs contes, la saga sait convoquer la noirceur pour le bien de son héros et de son évolution. C’est même devenu un passage obligé de chaque opus depuis la fin du premier lorsque, à l’issue d’un combat final dantesque au cours duquel il est parvenu à vaincre le gigantesque dragon qui menaçait son peuple, Harold découvre qu’il a perdu l’une de ses jambes, remplacée par une prothèse, après avoir été entraîné dans la chute de la créature. Une surprise pour le spectateur, et un moyen pour le long métrage d’établir un parallèle entre le jeune homme et son sidekick Krokmou, à qui il a fabriqué un bout d’aileron artificiel pour remplacer celui perdu lors d’une scène de pillage et lui permettre de voler à nouveau.

Réapprendre à marcher alors que l’on tentait déjà de faire ses premiers pas hors du monde de l’enfance, perdre son père alors que l’on vient de retrouver sa mère, laisser son compagnon d’aventure derrière soi comme un enfant rangerait définitivement ses jouets pour, enfin, commencer à grandir : en l’espace de trois films, le héros a dû faire face à des séparations physiques et psychologiques qui constituaient autant d’étapes de son apprentissage accéléré dans un monde connu pour sa brutalité, et dont Dean DeBlois (avec puis sans Chris Sanders) a certes proposé une version familiale sans, pour autant, faire un pas de côté lorsqu’il s’agissait d’être dur.

On notera d’ailleurs que c’est grâce à sa prothèse qu’Harold se défait de Grimmel, dans le troisième et dernier opus, mais qu’il perd ensuite encore plus gros lorsqu’il doit se séparer de Krokmou. Une façon habile, pour la trilogie, d’expliquer pourquoi les dragons ne sont plus présents de nos jours et font désormais figure de créatures mythologiques dont l’existence n’est pas totalement avérée. C’est ce que sous-entend l’épilogue qui achève le passage du personnage principal à l’âge adulte, tout en atténuant le déchirement provoqué par sa séparation d’avec son sidekick, qui a lui aussi pris du galon pour s’affirmer en véritable Alpha parmi les siens (sa Furie Éclair de compagne en tête), après avoir marqué les esprits en tant qu’animal drôle et mignon.

Faites connaissance avec la Furie Éclair de “Dragons 3” :

Dragons 3 : Le monde caché EXTRAIT VO "La Furie Eclair"

PARCE QU’ELLE A BRILLAMMENT SU ALLIER LE FOND ET LA FORME

Conte initiatique, aussi drôle et tendre que capable de nous secouer au moment de faire franchir des étapes à son héros, la saga Dragons a permis à Dreamworks de se hisser au niveau de Pixar en matière de fond. Et pas les moins bons issus de la firme à la lampe car, par bien des aspects, elle nous a fait penser à Toy Story : dans sa manière de valoriser le droit à la différence et notamment les infirmités d’Harold et Krokmou, de faire se rencontrer deux univers antagonistes ou encore son dénouement. Il y a en effet des similitudes entre Andy qui abandonne ses jouets pour entrer dans l’âge adulte, et le héros qui doit se séparer de son fidèle compagnon pour apprendre à régner par lui-même.

Non contente de nous atteindre davantage au coeur que la majorité des précédentes productions du studio, la trilogie a aussi su être un régal pour les yeux, en développant son récit au sein d’un somptueux écrin. Si les thèmes abordés lui ont permis d’être terre-à-terre et universelle, elle n’a jamais manqué une occasion de nous transporter : dans le ciel aux côtés de Krokmou, sur les différentes parties explorées et pleines de trouvailles de son univers ou dans le monde caché qui donne son titre au troisième et dernier opus. On pense parfois à Miyazaki, dans l’agencement du village de Beurk notamment, mais Dragons a surtout réussi à imposer sa patte visuelle, refusant le photoréalisme pour une esthétique de dessin animé, aussi bien chez les humains et les créatures à écailles que les décors, différents d’un long métrage à l’autre et qui participent grandement à la poésie et la féerie qui s’en dégage.

Empruntant beaucoup à la mythologie viking qu’elle a ensuite façonnée à sa manière, colorée, familiale et enchanteresse, la saga Dragons a su faire naître un monde original dont elle nous a fait parcourir les recoins, et surtout faire franchir un cap à Dreamworks sur le plan narratif, pour lui permettre de rivaliser avec Pixar dans sa façon de raconter une histoire et de susciter des émotions. Le tout avec un succès un peu moins important qu’elle ne l’aurait mérité, avec respectivement 495 et 621 millions de dollars de recettes dans le monde pour le premier et le second épisode. Peut-être à cause de cet approche plus adulte, qui le rend moins accessible à toute la famille qu’un Shrek 2. Il n’empêche qu’avec cette magnifique conclusion, la trilogie réussit un quasi-sans faute, qui ne peut que lui offrir une place de choix au Panthéon des meilleures franchises animées de l’Histoire.

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