Remarqué avec “The Iceman”, histoire vraie du tueur à gages Richard Kuklinski, Ariel Vromen transforme Kevin Costner en sociopathe contaminé par la mémoire et les émotions d’un agent de la CIA dans “Criminal – Un espion dans la tête”. Rencontre.

AlloCiné : Vous teniez vraiment à confier le rôle principal de “Criminal” à Kevin Costner, au point de le harceler avec le projet jusqu’à ce qu’il accepte !

Ariel Vromen (réalisateur) : C’est vrai, en effet. Quand vous êtes Kevin Costner, ou un acteur de ce calibre avec une carrière énorme, je pense qu’il y a une part de vous qui ne veut pas forcément prendre de risques et qui préfère naviguer en terrain connu. Quand il a lu le scénario la première fois, il m’a dit : “Je ne suis pas un criminel, je ne suis pas un psychopathe, ce n’est pas moi”. Il plaisante d’ailleurs souvent en disant qu’il n’a pas parlé de ce film à sa mère et qu’elle l’aimera encore si elle finit par le voir ! (Rires) Je tenais vraiment à confier le rôle à Kevin car cela s’inscrivait dans les éléments que je souhaitais pour amener une originalité au sein d’un genre balisé. On connaît la CIA, les poursuites, les grands méchants qui menacent le monde… J’ai donc voulu des acteurs qu’on n’a pas l’habitude de voir dans ces rôles spécifiques, afin de les intégrer à un canevas d’éléments qui une fois assemblés, amèneraient une originalité au projet. Et j’ai réussi à le convaincre ! J’ai dû le menacer pour être tout à fait honnête… (Rires)

Vous parliez d’originalité au sein d’un genre balisé. Ce qui est intéressant effectivement, c’est que votre approche est de proposer un film porté avant tout par son personnage, plus que par l’histoire en elle-même finalement…

Le scénario comporte énormément d’éléments auxquels le public doit adhérer. Le piratage informatique, un méchant aux motivations compréhensibles, un transfert de mémoire, une femme qui voit son mari disparu dans un monstre… Ça fait beaucoup de choses ! Un film de genre est généralement plus simple, avec des histoires facile à résumer. Mon approche à la lecture du scénario n’était pas tant de m’occuper de l’action et des péripéties de l’histoire -même si je dois évidemment veiller à ce que le film ait un sens- que de me concentrer sur le personnage principal, et d’en faire le socle de cette histoire.

Comment décririez-vous Jericho Stewart justement ? C’est une sorte de bête, mué par des instincts primaires comme le froid, la faim, la menace… C’est presque une créature de Frankenstein moderne, ce qui est d’ailleurs renforcé par ses cicatrices.

Nous l’avons vu comme ça, effectivement. Nous savions que nous avions une sorte de créature de Frankenstein, mais je n’ai jamais fait en sorte de m’inspirer d’un personnage mythique comme celui-là. Ce que je voulais avant tout, c’était qu’il ne soit pas beau, pas propre. Les cicatrices, les trous dans la tête, le crâne rasé… Ça m’intéressait de voir comment le public percevrait Kevin Costner, habituellement très beau, dans ce look. Je voulais remuer les spectateurs, qu’ils aient l’impression que nous ayons détruit leur héros de westerns et de baseball pour en faire un monstre. C’est ce qui fait en partie l’originalité de notre film, je pense.

Comment avez-vous travaillé pour rendre crédible cette idée de transfert de mémoire ? Le film repose complètement sur ce concept : si le public ne l’accepte pas, le film ne fonctionne pas.

Nous avons été aidés par des scientifiques allemands, japonais et britanniques. Chaque procédure qprésentée dans le film existe réellement et fait partie de leurs protocoles de tests sur les rats. Nous avons utilisé les même machines, les mêmes robots, la même aiguille destinée à aller au cœur du cerveau… Je voulais être aussi précis que possible pour tout ce qui concerne l’aspect médical. Mais vous avez complètement raison : durant la pré-production, j’ai dit à mes producteurs : “Si je ne parviens pas à convaincre les spectateurs qu’on peut transférer une mémoire après cette scène d’opération… je suis foutu et le film tombe à plat.” (Rires) J’espère donc que les gens seront convaincus par notre approche. Aucun film n’est parfait et le nôtre a sans doute des défauts, mais sur cette idée de transfert de mémoire, je pense qu’on s’en est bien sorti.

Cela passe aussi par de nombreux petits détails dans le jeu de Kevin Costner, qui semble presque contaminé par les émotions qui l’assaillent…

C’est le cas, les émotions sont des virus ! (Rires) Dès le départ, nous savions que Jericho aurait un comportement assez basique avant d’évoluer par petites touches. Un peu comme dans un morceau de jazz : il est assailli par des  syncopes d’émotion qui jaillissent soudain. Nous avons donc travaillé ainsi avec Kevin : son personnage est primaire et violent, et nous saupoudrons son parcours d’émotions qui font qu’il a envie de ressentir, d’échanger, de connecter, d’exprimer de l’empathie, de la compassion et de l’amour. L’amour est la force la plus puissante du monde, donc à partir de là…

Vous avez tourné à Londres et en Grande-Bretagne, alors qu’un film comme “Criminal” se déroulerait habituellement plutôt aux Etats-Unis. Qu’est-ce que cela apporte au film et à l’ambiance selon vous ?

C’est une bonne question. J’adore les couleurs de Londres, notamment les quartiers Est et Sud où nous avons tourné. C’est gris, marron, bleu foncé, vert foncé… J’aime beaucoup. Les couleurs sont beaucoup plus claires aux Etats-Unis, et cela m’ennuie. L’architecture n’y est pas aussi intéressante qu’en Europe. Tout se ressemble. C’est pour ça que je tournerai un jour à Paris, c’est certain. J’aime beaucoup le cinéma français, aussi bien les films actuels que les classiques.

Votre traitement de la violence est intéressant, car il est anti-spectaculaire. On n’est pas dans un James Bond mais dans une violence réaliste, concise, dure… Je précise que c’est un compliment !

Et je le prends ainsi. Face à tous ces films de super-héros Marvel et Cie, vous ne pouvez pas faire face quand votre budget est serré. Je ne peux pas dépenser vingt millions de dollars sur une scène d’action… Je dois avouer que dans la conception des scènes d’action du film, j’ai été très marqué par l’attaque de Charlie Hebdo. Je me souviens de cette vidéo des terroristes sortant du véhicule, du bruit et du rythme des impacts… Ce n’est pas spectaculaire. C’est très court, les mouvements sont finalement assez calmes, ce n’est pas frénétique… Et cela vous hante d’autant plus. Je ne peux pas dire que cela m’a inspiré, mais ça m’a beaucoup affecté et ça m’a amené à repenser l’action de manière beaucoup plus réaliste. Car voir ce genre d’actes horribles fait désormais partie de notre quotidien. Nous savons maintenant que ça n’a rien à voir avec Rambo, que ces actes ne sont pas si spectaculaires.

Vous parliez de super-héros. Dans “Criminal”, il y a le père de Superman, le Commissaire Gordon, Double-Face, Wonder Woman… Dans votre précédent film, il y avait le Zod de “Man of Steel”. Vous êtes obsédé par l’univers DC Comics ?

Vous avez oublié Deadpool ! Il est aussi dans mon film. (Rires) Concernant DC, je vais vous dire, je vais sans doute réaliser leur prochain film… Non, je plaisante ! (Rires) Je n’ai rien à voir avec DC. Je crois simplement que chaque acteur à Hollywood aujourd’hui est amené à jouer à un moment ou à un autre dans un film de super-héros. C’est ce qui leur permet de gagner assez d’argent pour ensuite venir faire les nôtres.

“Criminal”, vu par Kevin Costner et Gary Oldman

Criminal, par Kevin Costner et Gary Oldman

 

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