Avec “Dumbo”, Tim Burton signe son dix-neuvième long métrage en plus de trente années d’une carrière qui l’a vu bâtir un univers immédiatement reconnaissable, tour à tour sombre et coloré, traversé par des obsessions récurrentes que voici.

Qu’il fasse voler un éléphant affublé de grandes oreilles, tranche des têtes avec un cavalier qui n’en a plus, créé de la neige en sculptant de la glace, anime des squelettes, ressuscite un chien mort, rende hommage à un cinéaste considéré comme l’un des plus mauvais de l’Histoire, arpente les rues de Gotham City avec Batman ou adapte Roald Dahl, Tim Burton s’est imposé comme l’une des réalisateurs américains les plus aimés. Avec un univers fort qui ne brille pas seulement par son aspect visuel, même si c’est ce qui nous frappe le plus au premier abord. Fasciné par la mort comme par la poésie, hostile à la société de consommation comme aux studios hollywoodiens, il revient régulièrement aux mêmes obsessions depuis 1985 et son premier long métrage. 

LE FANTASTIQUE ET SES MONSTRES

Le préciser revient presqu’à enfoncer une porte ouverte. Mais Tim Burton est autant associé au genre fantastique qu’Alfred Hitchcock au thriller ou John Ford au western. Biberonné aux classiques et séries B d’épouvante dès sa plus tendre enfance, le metteur en scène n’a cessé de baigner dans cet univers où la réalité est pervertie par des éléments surnaturels. Même quand le long métrage en question est un biopic, à l’image d’Ed Wood et Big Eyes, qui nous montrent respectivement un réalisateur de SF et une peintre rendue célèbre par ses tableaux de personnes affublées de gros yeux, et permettent de s’éloigner, quelques instants durant, d’une certaine forme de réalisme.

Lorsqu’il ne rend pas hommage au genre cinématographique, en dirigeant quelques-unes de ses grandes figures (dont Christopher Lee ou son idole Vincent Price), Tim Burton applique à la lettre la définition du fantastique, qui désigne l’irruption d’éléments surnaturels dans un cadre réaliste avec une ambiguïté marquée, en même temps qu’il s’appuie sur la figure du conte et son affrontement du Bien et du Mal pour mettre des dualités en scène : entre la réalité d’Ed Bloom et l’imaginaire des histoires de son père dans Big Fish ; la grisaille de la ville et l’intérieur de la Chocolaterie de Willy Wonka, différence que l’on retrouve ensuite entre les mondes des vivants et des morts dans Les Nocès Funèbres ; les doubles-identités de Bruce ‘Batman’ Wayne et Selina ‘Catwoman’ Kyle… La liste est presque sans fin puisque l’on en retrouve au moins un exemple dans chacun de ses dix-neuf longs métrages, de la camionneuse morte-vivante de Pee Wee Big Adventure à l’éléphant volant de Dumbo.

Dumbo Bande-annonce VO

Autant d’oppositions, de lieux, de personnages ou d’univers, dont Tim Burton se sert pour jouer sur les apparences et inverser les rapports de force, plus intéressé par les primates que les humains de sa Planète des singes, les envahisseurs de Mars Attacks !, les fantômes de Beetlejuice et même les méchants de Batman, le défi, qui relèguent l’Homme Chauve-Souris au second plan. Il n’est, à ce titre, pas bien difficile de le reconnaître dans beaucoup des monstres (au propre ou au figuré) qui peuplent sa filmographie. Y compris lorsqu’il s’agit de Margaret Keane, qui s’échappe de son quotidien avec ses peintures qui dénotent avec le style de son époque, ou d’Ed Wood, metteur en scène passionné mais vu comme un marginal, figure récurrente dans l’oeuvre du papa d’Edward aux mains d’argent.

DES PERSONNAGES EN MARGE

Est-ce parce que, contrairement aux autres, son enfance a davantage rimé avec “fantastique” et “épouvante” que “Disney” et “bons sentiments” ? Ou parce qu’il se décrit lui-même comme étant en marge que Tim Burton a peuplé sa filmographie de marginaux, de “freaks” perçus comme des monstres parce qu’ils ne collent pas à la norme sur le plan physique ou dans leur façon d’être ? De son propre aveu, le réalisateur a toujours eu l’impression de ne pas être à sa place, même lorsqu’il travaillait, en tant qu’animateur, sur Rox et Rouky ou Taram et le chaudron magique, peu compatibles avec son goût pour le macabre. C’est pour cette raison que chacun de ses longs métrages compte au moins un personnage qui dénote. Et ce dès le premier, Pee Wee Big Adventure, grâce auquel il fait part de son envie de ne pas être le jouet des studios lors d’une hilarante course-poursuite où il détruit décor sur décor.

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Engagé par la Warner pour faire revivre Batman sur grand écran, le metteur en scène vit un enfer et ne change pas d’avis sur le système. À tel point qu’il ne se fait pas prier lorsque le studio lui fait un peu plus confiance pour la suite, où il laisse libre cours à ses délires psychotiques, ce qui fait baisser le montant des recettes du film, mais également celui des produits dérivés, les enfants étant, assez logiquement, peu motivés à l’idée de jouer avec le Pingouin, malgré l’affection évidente du cinéaste à son encontre. De la morbide Lydia de Beetlejuice aux Enfants particuliers qui entourent Miss Peregrine, il suffit de chercher ce qui sort du cadre pour savoir dans quel camp se trouve Tim Burton.

Il s’agit, presque toujours, de l’élément perturbateur. Celui qui va faire dérailler une situation à peu près normale, le meilleur exemple étant Edward aux mains d’argent, film le plus pur et personnel de son auteur, où la banlieue proprette tranche avec la noirceur et la saleté du manoir de l’inventeur, et où le personnage principal va débarquer, tel un chien dans un jeu de quilles, bouleversant des habitants un peu trop polis pour être honnêtes. Là où beaucoup seraient restés de leur côté, Tim Burton prend fait et cause pour la créature imparfaite, comme dans Freaks de Tod Browning ou le Frankenstein de James Whale, où les monstres ne sont finalement pas ceux que l’on croit : créé par Vincent Price, idole du cinéaste, Edward parvient à transcender l’image monstrueuse qu’il renvoie grâce à son imagination, en faisant naître de la beauté et de la poésie là où l’on ne s’y attend pas vraiment.

On notera d’ailleurs que le réalisateur est plus fort lorsqu’il s’agit de faire intervenir le surnaturel dans le réel que l’inverse. Car ses films les moins forts sont ceux dans lequel le fantastique prend une trop grosse place, à savoir La Planète des singes, où les humains finissent par être marginaux, Alice au pays des merveilles, trop peu en prise avec le réel pour créer un vrai contrepoint, et Dark Shadows, où l’écran est continuellement peuplé de monstres, atténuant au passage leur puissance évocatrice, qu’il s’agisse de brocarder les humains ou l’image lisse que cherche à renvoyer l’Amérique, bien peu en phase avec ses propres obsessions.

LA MORT LUI VA SI BIEN

Articulé autour d’un personnage créé par l’acteur Paul Reubens, son premier long métrage le laissait moins transparaître que sa coupe de cheveux, inspirée de celle du leader des Cure Robert Smith. Soit l’un des groupes phares de la New Wave, courant musical où le gothique occupe une grande place. Il n’est alors pas surprenant d’apprendre que le mort fait partie intégrante de l’oeuvre de Tim Burton. Ou plutôt la noirceur, dont elle l’est l’une des composantes dans ses films : que ce soit de façon littérale (le décès du père dans Big Fish) ; à travers la résurrection, autre manière de détourner les attentes ; ou un esthétique macabre. Celle des épouvantails de La Planètes des singes, moment le plus marquant (et burtonien) d’un opus trop souvent impersonnel.

Car la jeune Lydia, qui préfère le contact de Beetlejuice et des fantômes qui hantent sa maison à la compagnie des siens, c’est lui. Victor, plus à l’aise dans le monde des morts que parmi les humains, aussi. La fascination d’Ed Wood pour Bela Lugosi, et par extension le personnage de Dracula dont il a été l’une des incarnations les plus iconiques, évoque de façon à peine voilée celle qu’il éprouve pour le genre horrifique et ses visages les plus marquants. Dans son cinéma, et notamment dans Batman ou Sleepy Hollow, la mort peut faire figure d’acte fondateur ; la fête d’Halloween est bien plus amusante que celle de Noël ; et même lorsqu’il s’essaye à la comédie musicale en prises de vues réelles, que choisit-il ? L’histoire d’un barbier qui égorge ses clients et cache leurs cadavres dans des tourtes à la viande.

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street Bande-annonce VO

Et quand il ne met pas en scène des sorcières, vampires, cavaliers sans tête avec un goût prononcé pour les décapitations et autres squelettes, c’est dans le décor que Tim Burton affirme son goût pour le macabre. Quitte à ce que ce soit plus indirect, à l’image du manoir du créateur d’Edward, ou de sa version de Gotham City, dont les angles inquiétants rappellent très fortement l’expressionnisme allemand, né au début du XXe siècle, chez des peintres hantés par la menace de la Première Guerre Mondiale, et dont le 7ème Art s’empare très vite, avec des oeuvres pessimistes telles que Le Cabinet du Docteur Caligari, Nosferatu ou encore Metropolis, tournées dans la décennie qui a suivi la fin du conflit. S’il apparaît torturé à travers ces références et cette obsession, le metteur en scène ne joue pourtant pas la carte de la complaisance. Bien au contraire.

Dans Mars Attacks ! comme Sleepy Hollow, la mort revêt des allures cartoonesques, quand elle n’est pas synonyme de (re)naissance, comme dans Batman et sa suite, ou traitée de façon festive, dans le final de Big Fish, plus que jamais l’un des films les plus personnels de son auteur, qui l’a réalisé alors qu’il venait de perdre son père et s’apprêtait à le devenir lui-même. Car c’est à partir de là que la paternité s’est immiscée dans ses récits (y compris, pour creuser le personnage de Willy Wonka dans Charlie et la chocolaterie), mais également la preuve que la noirceur n’est pas une finalité mais bien un contrepoint aux couleurs qui teintent son oeuvre, de façon plus ou moins marquée, un simple pull angora colorisé pouvant faire l’affaire au coeur d’une photo en noir et blanc sur une affiche.

Proposant un monde des morts coloré et dansant, donc complètement différent de celui des vivants, gris, terne et triste (Les Noces Funèbres), Tim Burton oppose également la folie clownesque du Joker à la noirceur sérieuse de Batman ; il agrémente les meurtres de Sleepy Hollow d’une touche d’humour lorsqu’Ichabod Crane s’évanouit systématiquement dans la foulée ; ou cache les tendances psychopathiques de Willy Wonka derrière les allures de parc d’attraction de sa chocolaterie. En clair : son cinéma ne paraît aussi joyeux que lorsqu’il peut faire intervenir la mort, le chaos et la destruction, thématiques qui reviennent souvent chez lui. Mais, et c’est là toute la force son cinéma, il les traite souvent avec beaucoup de poésie, de douceur même (parfois symbolisée par la présence d’une femme blonde, synonyme de pureté et d’innocence), au milieu de figures et symboles qui reviennent régulièrement.

DU CIRQUE À LA BANLIEUE

Dans Batman, le défi, la mort et la destruction proviennent par exemple des artistes de cirque qui servent d’hommes de main au Pingouin. Trois ans après le premier opus et la présence du prince clown du crime, le réalisateur réintroduit le cirque dans l’univers de l’Homme Chauve-Souris et ne s’arrête pas en si bon chemin, puisque le lieu est le théâtre de l’une des plus belles scènes de Big Fish (lorsque le temps semble s’arrête au moment où Ed découvre Sandra) et a une grande importance dans l’histoire de Dumbo, toujours avec Danny DeVito, déjà présent dans Batman, le défi et Big Fish. Comme dans la forêt, qu’il représente souvent de façon inquiétante, en écho aux contes qui l’ont toujours inspiré, il fait de cet endroit un lieu de découverte tout autant qu’une poste de frontière entre le réel et l’imaginaire.

Deux éléments qui, là encore, renvoient à l’univers des contes et à l’enfance, presque systématiquement tourmentée chez Tim Burton, en écho à la sienne, qu’il avoue avoir vécu en marge. Et c’est notamment pour cette raison que le réel paraît presque plus inquiétant que l’imaginaire chez lui, surtout lorsqu’il s’attaque à la banlieue américaine, celle dans laquelle il a grandi, préférant l’ambiance des cinémas projetant des films d’horreur à cet alignement de maisons qui se ressemblent toutes, aux pelouses parfaitement taillées et d’où les voitures sortent aux mêmes heures de la journée, comme dans la scène d’ouverture d’Edward aux mains d’argent, film qui ne cessera, par la suite, de gratter le vernis que l’on aperçoit.

Une séquence qui fait écho au générique de Beetlejuice, où la ville que nous survolons semble d’autant plus fausse qu’il s’agit d’une maquette réalisée par Adam (Alec Baldwin). Comme une note d’intention de ce que le cinéaste nous réserve : parce que c’est là que le rencontre avec le bio-exorciste aura lieu, mais également pour sous-entendre que ce qui concerne le monde réel et ses habitants sera, au mieux, faux. Un point de vue qui sera bien souvent l’un des fils conducteurs d’une oeuvre où il déclare son amour les marginaux et se livre à un jeu de massacre des personnes dites “normales”, qui atteint son paroxysme dans Sleepy Hollow, Sweeney Todd et surtout Mars Attacks !, où l’Amérique en prend pour son grade. Ce qui, quelques mois seulement après le patriotique Independence Day, a été plutôt mal pris.

Au-delà des humains, c’est aussi la société de consommation et le système des studios que Tim Burton cherche à épingler. Cela peut paraître étrange aujourd’hui, à l’heure où il réalise des commandes pour Disney (un remake live de Dumbo) ou la Fox (l’adaptation du best-seller Miss Peregrine), et il est vrai que son cinéma a perdu un peu de sa force évocatrice sur ce plan. Mais quelques aspects prouvent encore qu’il ne fait pas que des films de chef décorateur, contrairement à ce que l’on peut entendre à son sujet depuis un bout de temps. À travers l’histoire qu’il raconte dans Big Eyes, il avoue même que son oeuvre et sa création lui ont quelque peu échappé pour devenir commerciales. Et s’il égorge des nantis dans Sweeney Todd et punit des enfants gâtes dans Charlie et la chocolaterie, son aversion d’Hollywood se fait davantage ressentir dans ses films précédents.

Lorsqu’il décapite les notables de Sleepy Hollow, que l’on peut voir comme des riches producteurs, ou y découpe en pièces Casper Van Dien et son physique de quarterback. Ou dans son éloge du système D et de l’artisanat, lui qui a plus d’une fois déclaré son amour aux effets spéciaux image par image de Ray Harryhausen et opte pour le stop-motion lorsqu’il s’agit d’animation : les inventions de Pee Wee, la maquette d’Adam dans Beetlejuice, les “fantastiques jouets” de Batman et – surtout – les trucages ratés des longs métrages d’Ed Wood, où les fils qui font léviter les soucoupes volantes sont grosses commes les ficelles d’un scénario mal écrit. Cinéaste avant tout visuel, qui sait exploiter la puissance de l’image pour nous plonger dans de vrais univers marqués qui semblent tout droit sortis de ses rêves et cauchemars d’enfant, Tim Burton a plus d’une fois prouvé qu’il avait aussi des choses à dire. Souvent un compagnie d’un autre marginal d’Hollywood.

JOHNNY DEPP

Avec huit collaborations communes, Johnny Depp est sans aucune contestation possible l’un des partenaires privilégiés de Tim Burton, ayant participé à plus d’un tiers de ses longs métrages. De la créature d’Edward aux mains d’argent au vampire de Dark Shadows, en passant par l’enquêteur de Sleepy Hollow ou le chocolatier farfelu Willy Wonka, le comédien a été bien plus qu’un acteur pour le cinéaste, car nous parlerons plutôt de muse, d’obsession même. Tout commence à la fin des années 80 : lessivé par le tournage de Batman, le metteur en scène veut se recentrer sur une oeuvre plus personnelle, sa propre version du mythe de Frankenstein, où un jeune homme aussi hirsute et marginal que lui va fasciner les autres grâce à ses créations artistiques.

S’il se murmure que Gary Oldman a refusé le rôle principal, il est également dit que Burton avait déjà le départ jeté son dévolu sur Johnny Depp : révélé par le slasher Les Griffes de la Nuit, celui-ci craint de rester enfermé dans le rôle de poster boy que lui a offert la série 21 Jump Street. Il voit dans le film l’opportunité de revenir vers le cinéma, à une époque où le petit écran n’était pas aussi prisé qu’aujourd’hui, sans savoir que ce sera le début d’une longue aventure au cours de laquelle il incarnera son metteur en scène à plusieurs reprises. Jusqu’à ce qu’Alice au pays des merveilles et Dark Shadows ne viennent casser cette dynamique, en laissant transparaître un systématisme et un manque d’inspiration, les longs métrages les plus personnels du réalisateur étaient emmenés par l’acteur, exception faite de Big Fish.

Cinéaste passionné, enquêteur faussement normal, héros puis terreur d’un groupe d’enfants, jeune homme fasciné par le monde des morts, tueur en série… Deux décennies durant, Johnny Depp aura été l’alter ego de Tim Burton, et on peut regretter que leur collaboration se soit arrêtée, pour une raison inconnue, suite au semi-échec public de Dark Shadows. Mais c’est peut-être aussi cette création, cette muse, qu’il avoue n’avoir pas su maîtriser dans Big Eyes, son long métrage live action suivant. Ce partenariat reste cependant plus marquant encore que celui du réalisateur avec son ex-compagne Helena Bonham Carter, qu’il a dirigée sept fois. Et on notera que pour quelqu’un qui parle souvent de paternité contrariée et d’enfance tourmentée, le réalisateur est très “famille” dans son travail.

Sept films avec Christopher Lee (huit si l’on compte sa participation, coupée au montage, à Sweeney Todd), cinq avec Michael Gough, quatre avec Michael Keaton, Danny DeVito ou son autre ex-compagne Lisa Marie, trois avec Eva Green, Martin Landau et Winona Ryder… Il n’est vraiment pas rare qu’un acteur s’illustre à plusieurs reprises, leurs visages étant, sans mauvais jeu de mots, des figures de son cinéma, comme peuvent également l’être la mort, le cirque, la forêt ou la banlieue. Mais le champion en la matière n’est pas devant la caméra mais à la baguette, puisqu’il s’agit du compositeur Danny Elfman, qui a travaillé sur quinze des longs métrages de Tim Burton, en comptant L’Étrange Noël de M. Jack, dont le cinéaste est l’instigateur à défaut de l’avoir mis en scène.

Plus encore que Johnny Depp, Danny Elfman est l’un des piliers du cinéma de Tim Burton, dans la mesure où sa musique permet de transcender la mise en scène du réalisateur, en appuyant une émotion ou en aidant à installer une ambiance. L’aspect fantastique, l’épouvante et l’humour transparaissent par exemple dans le thème de Beetlejuice, absolument imparable, au même titre que l’influence gothique qui régit l’aspect de Gotham City dans Batman, ou l’hommage aux films d’horreur de la Hammer dont se réclame Sleepy Hollow. Sans oublier les chansons de L’Étrange Noël de M. Jack (dont Elfman double le héros en VO), les sonorités SF à l’ancienne de Mars Attacks !, dont on retrouve des traces dans le générique de déut de Charlie et la chocolaterie. Mais s’il fallait ne retenir qu’un moment, ce sera sans aucun doute la célèbre “Ice Dance” d’Edward aux mains d’argent.

Difficile de trouver meilleure scène pour résumer le cinéma de Tim Burton, car presque tout y est : le marginal (hirsute qui plus est), Johnny Depp, la création artistique comme moyen d’émancipation, la fausse neige qui nous sort de la banlieue américaine et nous plonge un instant dans le fantastique, appuyé par la danse toute en grâce de Winona Ryder, la pureté personnifiée par sa blondeur, la musique de Danny Elfman qui nous transporte, et même la notion de mort qui nous ramène à la réalité de façon aussi brutale que la lame d’Edward entaille accidentellement la main de Kim. Une séquence tout bonnement magique, à laquelle fera écho celle de Sleepy Hollow où Lisa Maria s’envole sous les aigrettes de pissenlits, mais de façon plus inquiétante. Et moins marquante.

Mais elle témoignait encore bien de la puissance du cinéma de Tim Burton, véritable auteur qui, s’il est avant tout visuel et n’a jamais signé lui-même le scénario de l’un de ses longs métrages (mais on lui doit l’histoire d’Edward aux mains d’argent), a su développer des thématiques et obsessions au cours de presque trente-cinq ans de carrière, qui l’ont vu débuter puis revenir chez Disney, et jouer les jeux des studios tout en conservant un côté satirique. Dumbo, son dernier né, nous le rappelle justement, et prouve que même moins forte aujourd’hui, son oeuvre n’est pas aussi décorative qu’on ne pourrait le croire.

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