Alors que vient de paraître un ouvrage polémique dénonçant l’inutilité voire la dangerosité d’un certains nombres de médicaments qui emplissent nos armoires à pharmacie, le PrDominique Maraninchi, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des médicaments(ANSM, ex-Afssaps), défend avec vigueur le travail de cette agence sanitaire dont “l’objectif principal est la sécurité du patient“.

Dominique Maraninchi, directeur général de l'ANSM, se veut rassurant quant à la sécurité et l'utilité des médicaments disponibles en France.

Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine et Paris et président de l’Institut Necker, et Bernard Debré, urologue et député UMP de Paris, n’y vont pas par quatre chemins : dans “

Le Guide des médicaments utiles, inutiles et dangereux“ qu’ils viennent de publier aux éditions du Cherche Midi, sur les 20 000 médicaments examinés, 50 % seraient inutiles, 20 % mal tolérés et, surtout, 5 % dangereux, affirment-ils. Dénonçant à la fois l’art de la manipulation dont fait preuve l’industrie pharmaceutique (“la plus lucrative, la plus cynique, la moins éthique de toutes les industries“), et son génie pour inventer des maladies et créer de nouveaux marchés, mais aussi la bienveillance voire la complicité des agences sanitaires qui participent à la mise sur le marché des produits, les deux co-auteurs jettent un nouveau pavé dans la mare en remettant en cause le système du médicament français, lequel avait déjà fait l’objet de toutes les critiques en 2009 lors de

l’affaire du Mediator.“Des dizaines de médicaments n’ont aucune efficacité notable et comportent des risques majeurs“, assure ainsi le Pr Even dans une interview accordée à nos confrères du Nouvel Observateur¹. Il dénonce notamment les stratégies des “laboratoires [qui], avec l’appui de nombreux spécialistes complices, ont multiplié les traitements préventifs donnés pendant dix à trente ans à des gens sains pour prévenir des pathologies qu’ils n’auront jamais“. Et le Pr Even de citer les

statines, indiquées dans le traitement de l’

hypercholestérolémie, qui, selon lui, n’ont pas fait preuve de leur efficacité en prévention primaire, autrement dit chez des personnes qui n’ont pas encore fait d’

événement cardiovasculaire.Le directeur de l’ANSM veut rassurer les patientsPlutôt que de répondre aux critiques émises dans ce livre, le Pr Dominique Maraninchi², directeur général de l’ANSM, préfère rappeler l’important travail réalisé depuis deux ans pour garantir aux patients la sécurité qui leur est due. Réaffirmant l’indépendance de l’expertise scientifique au sein de l’ANSM, le Pr Maraninchi rappelle que cette agence intervient aussi bien en amont qu’en aval de la mise sur le marché des médicaments. “Notre travail se fait en plusieurs étapes qui concernent toute

la vie d’un produit : l’agence donne un avis scientifique indépendant auprès des firmes qui souhaitent développer des produits de santé ; c’est elle qui délivre l’autorisation de réaliser des

essais cliniques ; et c’est elle qui intervient dans l’évaluation des médicaments soumis à enregistrement“. À l’issue de ces phases longues, l’agence statue sur l’autorisation de mise sur le marché du produit, en fonction de ses indications.Les médicaments peuvent être comparés à une autre molécule qui existe déjà dans la même indication, mais cela se fait à la demande du laboratoire, lequel choisit le produit auquel il veut être comparé. L’ANSM peut, à ce moment-là, refuser cette demande. L’agence, de son côté, assure une comparaison continue des médicaments par rapport aux recommandations de prise en charge d’une pathologie, toujours dans le souci de garantir la sécurité optimale aux patients.Les alternatives thérapeutiques sont indispensables

Alors que les Prs Even et Debré s’insurgent contre la multiplicité des produits similaires indiqués dans une même pathologie, le directeur général de l’ANSM défend l’idée qu’il existe plusieurs produits pour une même indication. “Il est extrêmement important pour les patients qu’il existe des alternatives thérapeutiques“, notamment en cas d’intolérance ou de mauvaise tolérance à certains médicaments. Autre argument avancé par le Pr Maraninchi pour défendre la diversité thérapeutique : “Si une firme s’arrête de produire un médicament, il est indispensable que d’autres fabriquent des molécules concurrentes“.S’il dénonce en termes à peine voilés “un ouvrage littéraire et non scientifique“, le Pr Maraninchi reconnaît toutefois que certains des points soulevés par les auteurs de l’ouvrage méritent de l’être : ainsi en est-il de la trop forte consommation des médicaments en France. Pour y remédier, l’ANSM “investit dans une juste prescription“. Comprendre : l’agence sanitaire vérifie les indications des médicaments ; aux prescripteurs ensuite de rester dans ce cadre et de ne pas délivrer des ordonnances à tour de bras, hors AMM…Pour une évaluation permanente des médicamentsLe directeur général de l’ANSM soutient également l’idée d’une évaluation permanente des bénéfices et des risques des produits sur le marché. Celle-ci est, selon lui, beaucoup plus active depuis la réforme du système du médicament fin 2011 et “la directive européenne de pharmacovigilance [qui] donne, depuis juillet 2012, le pouvoir juridique à l’ANSM d’exercer cette pharmacovigilance en vie réelle“. “On fait du réactif mais surtout on a une démarche proactive qui consiste à aller évaluer les bénéfices et les risques d’un médicament sans consulter les firmes“, grâce à des moyens autonomes et une expertise interne indépendante, assure Dominique Maraninchi. Certaines molécules sont ainsi dans le viseur de l’ANSM : les

anti-inflammatoires, pour leurs effets secondaires cardiovasculaires, les

antimigraineux, les

benzodiazépines ou encore les

anticancéreux. La réponse de l’agence sera adaptée à la réévaluation du rapport bénéfices/risques, assure son directeur général.Pointées du doigt par les auteurs du livre, les statines “sont bénéfiques pour la population cible“,  affirme Dominique Maraninchi. “L’

athérome et les complications de l’

athérosclérose ont une morbidité et une mortalité importantes. Lutter contre ces complications est efficace. Or, le lien entre

cholestérol et complications d’athérosclérose a été clairement établi“, explique-t-il  pour mettre fin au débat sur l’intérêt des statines. Quant aux pilules, et plus particulièrement les

pilules de 4ème génération, le directeur général de l’ANSM estime que l’existence d’un grand nombre de

pilules constitue “un bien pour de nombreuses femmes“. “Il est important qu’elles aient accès à la diversité“, poursuit-il, arguant que “certaines associations hormonales ne conviennent pas à certaines femmes“. Il souligne en revanche que “les nouvelles pilules ne sont pas forcément mieux“ contrairement à ce que pourrait le laisser croire le terme “génération“ appliquée aux contraceptifs oraux. Il reconnaît d’ailleurs qu’“en France, il y a une sur-utilisation des produits les plus nouveaux par rapport aux anciens“. La faute à qui ? Là encore, le Pr Maraninchi préfère ne pas se prononcer et laisse ainsi à chacun le soin d’établir la part de responsabilité des différents intervenants.Amélie PelletierSources
1. Le guide des médicaments utiles, inutiles… ou dangereux – Le nouvel observateur (

consultable en ligne).
2. Interview du Pr Dominique Maraninchi, directeur générale de l’ANSM, lundi 17 septembre 2012.
Philippe Even (Crédit photo: BALTEL/SIPA)
Dominique Maraninchi (Crédit photo: DURAND/SIPA)

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