Silent Voice, nouveau petit bijou de l’animation japonaise, est sorti en salles le 22 août. L’occasion d’un gros plan sur sa réalisatrice, Naoko Yamada.

Silent Voice – Sortie le 22 août
De Naoko Yamada

DE QUOI ÇA PARLE ?

Nishimiya est une élève douce et attentionnée. Chaque jour, pourtant, elle est harcelée par Ishida, car elle est sourde. Dénoncé pour son comportement, le garçon est à son tour mis à l’écart et rejeté par ses camarades. Des années plus tard, il apprend la langue des signes… et part à la recherche de la jeune fille.

DU MANGA À L’ANIMÉ

En 2015, le premier des sept tomes de « A Silent Voice » paraît en France. Yoshitoki Oima, inspirée par sa mère interprète en langue des signes n’a que 26 ans quand elle signe ici ce premier manga, qui va recevoir un succès phénoménal au Japon. En France, la réception est similaire puisqu’avec 250 000 exemplaires vendus depuis la parution, et le prix du meilleur manga à la Japan Expo 2017 (Daruma d’or). Kioon en est l’éditeur.

DES THÈMES INÉDITS

Silent Voice brasse les thèmes du harcèlement scolaire, du handicap et de la rédemption avec une poésie et une douceur propres au cinéma d’animation japonais. Ces dernières années, de nombreux réalisateurs sortent de l’ombre écrasante du mythique Studio Ghibli pour s’émanciper et proposer des films d’une qualité exceptionnelle, alliant beauté graphique et finesse scénaristique. 

Parmi ces cinéastes, une jeune réalisatrice est sortie du lot grâce à Silent Voice, Naoko Yamada : “Je ne voulais pas avoir un avis biaisé. Les gens pensent que le handicap et le harcèlement scolaire sont les sujets principaux de Silent Voice, mais pas vraiment. C’est comme si on disait « Nishimiya est triste parce qu’elle a un problème de surdité », alors on lui impose notre propre perception d’elle. Bien sûr c’est un des obstacles qu’elle doit affronter, mais je ne pense pas qu’elle-même souhaiterait qu’on la plaigne pour ça. Ce qui était important, c’était de l’observer minutieusement : comment elle perçoit le monde qui l’entoure et ce qu’elle en pense. Pas de pitié, juste du respect. C’est comme ça que j’ai travaillé chaque personnage, parce que le film parle avant tout de la nature humaine”, confie la cinéaste japonaise.

À noter que Takeshi Kitano a aussi abordé le thème de la surdité dans son sublime et poétique A Scene at the Sea, en 1991. Le long-métrage du cinéaste est à (re)découvrir en ce moment en salles en copie restaurée.

UNE JEUNE RÉALISATRICE TALENTUEUSE

Naoko Yamada est née dans la préfecture de Gunma, au Japon, en 1984. La jeune femme a passé son enfance à reproduire des planches de manga et se consacre également beaucoup à la photographie. À l’université d’Art et de design de Kyoto, l’artiste étudie la peinture à l’huile et fait partie du club d’effets spéciaux. Après l’université, elle rejoint Kyoto Animation. Elle commence par dessiner des images intermédiaires sur les dessins animés, puis est promue « Key Animator » sur la série animée Air. Après avoir réalisé un épisode de Clannad, on lui a demandé de faire ses débuts en tant que réalisatrice sur K-On, série à succès. 

Elle a enchainé avec la série Tamako Market puis Tamako Love Story pour laquelle elle a reçu le New Face Award au Japan Media Arts Festival. Yamada a storyboardé le film entièrement seule, écrivant même les paroles de la chanson du générique. Pour la cinéaste, le plus important est d’observer les gens. Elle se décrit comme une réalisatrice méthodique, qui met l’accent sur la psychologie des personnages, travaillant également ses cadrages avec beaucoup de soin. Pour l’anecdote, Silent Voice a atteint la deuxième place au box-office japonais lors de sa sortie en 2016. Le film a depuis reçu de nombreux prix comme le meilleur film d’animation aux Mainichi Film Awards ainsi que le prix du meilleur film d’animation de l’année par l’académie du Japon, l’équivalent de l’académie des Césars, en 2017.

“Dans un animé, chaque information est contrôlée et je pense que cela est donc plus facile de transmettre ce que l’on veut dire. Même si quelque chose est ambigu ou difficile à retranscrire, c’est faisable. Je ressens ce charme de l’animation où rien n’est une coïncidence”, analyse la réalisatrice.

À l’instar de Your Name de Makoto Shinkai, Hirune Hime (Kenji Kamiyama), Dans un recoin de ce monde (Sunao Katabuchi), Fireworks (Akiyuki Shimbo, Nobuyuki Takeuchi) ou Okko et les fantômes (Kitaro Kosaka), Silent Voice fait briller une nouvelle génération de cinéastes visionnaires et sensibles qui peuvent s’exprimer librement. En ce sens, on retrouvera en décembre le nouveau long-métrage de Mamoru Hosoda, Miraï, qui traite le thème de l’enfance avec une puissance et une poésie incroyable.

Miraï, ma petite soeur Bande-annonce (2) VO

 

L’animation japonaise, si elle a longtemps souffert des préjugés et des clichés, est en train de totalement se renouveler. Cela est en partie dû à la fin de l’hégémonie du Studio Ghibli, les cinéastes parvenant enfin à prendre leur indépendance pour proposer des animés aux thèmes variés qui traversent les frontières, ne restant pas bloqués au Pays du Soleil Levant. En ce sens, le distributeur Eurozoom fait un travail capital pour la promotion de l’animation japonaise en France.

POUR ENFIN S’AFFRANCHIR DES CLICHÉS SUR LES ANIMÉS JAPONAIS

Clichés Emissions Bonus

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *