Nous sommes allés en septembre dernier sur le tournage du nouveau Terminator dans les studios hongrois d’Origo. Entre visite des plateaux, rencontres avec l’équipe du film et rendez-vous manqués avec Arnold Schwarzenegger, voici notre compte-rendu.

Jour 1

Départ de Budapest et découverte de la campagne hongroise

Situé face aux hauteurs de la ville sur les berges du majestueux Danube, le Four Seasons de Budapest est un lieu empreint d’Histoire. Ancien palais présidentiel transformé en immeuble administratif par les britanniques au début du XIXème siècle, le bâtiment est réquisitionné lors de la Seconde Guerre mondiale par l’armée soviétique, avant de tomber en décrépitude durant la Guerre froide. Ce n’est finalement qu’en 2001 que le Palais renaît de ses cendres après son rachat par le groupe Four Seasons : entièrement restauré, de nombreux vestiges de son passé ont néanmoins été conservés, notamment dans le hall de l’hôtel où plusieurs services de restauration sont proposés.

Le matin du 4 septembre 2018, nous sommes une vingtaine de représentants d’à peu près autant de pays à se rassembler devant l’hôtel pour nous rendre sur le tournage de Terminator Dark Fate. Comme lors d’un voyage scolaire, les attachées de presse américaines nous comptent et s’assurent que personne n’a été oublié avant de nous laisser monter dans le bus, conduit par un chauffeur sympathique bien que ne parlant pas un mot d’anglais (et encore moins de français).

Une fois toutes les vérifications faites, nous pouvons enfin démarrer. Le plateau sur lequel nous nous rendons ne se situe pas dans Budapest même, mais à environ une heure de route de la capitale hongroise. Parce que le rendez-vous a été fixé aux premières lueurs du matin, mais aussi parce que certains journalistes – notamment asiatiques et sud-américains – souffrent du décalage horaire, certains profitent du trajet pour dormir, quand d’autres choisissent d’observer les paysages.

On ne peut pas dire que la campagne de Budapest frappe par sa beauté : beaucoup d’immeubles grisâtres et de zones industrielles se succèdent, une impression négative renforcée par la pluie battante qui tombe depuis notre départ. Très vite, l’inquiétude se lit sur le visage de nos guides, et on nous annonce finalement que les conditions climatiques nous obligeront peut-être à modifier notre emploi du temps. Nous ne sommes pas encore arrivés sur le tournage qu’une première mauvaise nouvelle nous tombe déjà dessus.

A la rencontre de Sarah Connor et du nouveau Terminator

Au terme d’une heure de route, nous arrivons dans un coin légèrement boisé, puis au détour d’un petit chemin, atteignons une barrière gardée par deux agents de sécurité aux airs hostiles. Le chauffeur et les vigiles échangent entre eux en hongrois, et nous n’avons pas besoin de comprendre la langue pour comprendre que notre présence était attendue puisque la barrière se lève pour nous laisser avancer.

Nous empruntons ensuite une route bosselée, puis arrivons aux abords d’un champ de boue aux airs de camp de gens du voyage, puisque des dizaines de caravanes et mobile home sont disposés les uns à côté des autres. Les journalistes situés sur le côté droit du bus collent alors leur visage contre pour espérer repérer le moindre détail digne d’intérêt et très vite une silhouette attire notre attention : marchant d’un pas assuré à travers les mares de boue, la chevelure grise coupée en brosse et un énorme cigare calé dans la bouche, nous apercevons le T-800 en personne, Arnold Schwarzenegger.

Croiser l’ancien gouverneur de Californie est à ce stade presque inespéré pour nous, puisqu’il nous a été annoncé avant notre venue que nous n’aurons pas la chance de le rencontrer, en raison d’un planning de tournage trop chargé. Néanmoins, une lueur d’espoir demeure depuis que l’attachée de presse Kimberly Wire nous a laissé entendre qu’il passerait “peut-être” nous saluer.

Après cette “rencontre” inattendue, la réalité nous rattrape brutalement. Le chemin qu’est censé emprunter notre bus pour nous déposer devant la tente de catering (lieu de détente où l’équipe du film peut se restaurer) est rendu impraticable à cause des intempéries. Après une dizaine de minutes d’attente, on nous annonce finalement que nous n’avons guère d’autre choix que de terminer à pied. Concrètement, il ne s’agit que d’une centaine de mètres à parcourir, mais bien évidemment quand il s’agit de traverser une mare de boue, qui plus est sous la pluie, l’enthousiasme n’est guère au rendez-vous. Finalement, nous parvenons à effectuer le trajet en minimisant les traces de boue sur nos chaussures et nos pantalons, et sans aucune chute à déplorer.

Des rafraîchissements nous attendent sous la tente, et tant mieux car malgré la pluie, une chaleur humide et donc étouffante nous fait suer à grosses gouttes. Une courte pause nous permet donc de reprendre nos esprits et de profiter de la climatisation, avant que Kimberly ne nous annonce la prochaine étape de notre visite, et pas des moindres : les tables-rondes avec les acteurs du film.

Sans plus attendre débarque sous la tente le trio féminin du film composé de Natalia Reyes, Mackenzie Davis et bien évidemment de Linda Hamilton, qui retrouve son emblématique rôle de Sarah Connor, près de trente ans après la sortie de Terminator 2. Bien que nous regrettons de ne pas disposer d’un créneau individuel avec cette dernière, il est intéressant de constater la complicité qui lie la comédienne à ses deux partenaires de jeu, mais également le respect exprimé par les deux jeunes actrices envers leur aînée. Quant à l’entretien en lui-même, il nous permet certes d’aborder les coulisses de ce nouvel opus mais pas le contenu de ce sixième épisode, dont la moindre information est soumis à un rigoureux embargo.

“Bien entendu j’ai grandi avec l’image de femmes fortes comme Sarah Connor, mais également Ellen Ripley dans Alien” nous glisse ainsi Mackenzie Davis, dont la musculuture témoigne de l’important entraînement suivi en amont du tournage. Pour Linda Hamilton, trente ans après sa dernière apparition dans le rôle, le passage par la case salle de sport a également été obligatoire, “un mal pour un bien” selon l’actrice, toute contente de retrouver son vieux complice Arnold Schwarzenegger.

Tour à tour nous tentons d’en savoir plus sur l’intrigue du film et la nature des nouveaux personnages, mais la réponse reste la même : il est tout bonnement interdit d’en parler. Tout juste nous est-il confirmé qu’il s’agit de la suite directe du second volet signé James Cameron, et que l’histoire ne prend donc pas en compte les films qui ont ensuite vu le jour et notamment Terminator: Genisys, désavoué par Schwarzenegger en personne.

A la suite de ce trio, place au méchant du film, Gabriel Luna – l’interprète du nouveau Terminator. Très bavard, le comédien vu dans Agents of S.H.I.E.L.D. parle “de rêve éveillé” à propos du fait d’intégrer une franchise aussi populaire, mais aussi de donner la réplique à son idole Arnold Schwarzenegger. Il ne manque d’ailleurs pas d’anecdotes concernant ce dernier, et notamment de leurs séances de musculation.

Ainsi nous apprenons que leur photo postée sur l’Instagram du Governator a été mise en scène par Schwarzenegger en personne, qui a expressément demandé à son cadet de prétendre porter des poids tandis que celui-ci lui donne des instructions. L’anecdote est amusante, tandis que le cliché symbolise le passage de bâton d’un Terminator à un autre. Encore une fois, nous n’avons pas la possibilité d’en savoir davantage sur l’intrigue du film ni sur le personnage qu’incarne Gabriel Luna.

Une légende des effets spéciaux nous accueille dans son atelier

Pause déjeuner. Nos craintes se confirment : le plateau que nous devions initialement visiter n’est plus accessible à cause de la pluie. Qu’à cela ne tienne, notre journée est certes terminée, mais nous ne regagnons pas pour autant l’hôtel tout de suite. Une fois nos sandwich avalés, nous remontons dans le bus (non sans avoir traversé de nouveau la mare de boue, encore plus glissante qu’à l’aller comme l’a contestée à ses dépends notre collègue chinoise), destination un autre lieu du tournage.

D’une durée approximative d’une heure là encore, le trajet s’achève dans une petite bourgade sinistre, devant un ensemble d’entrepôts que l’on pourrait croire désaffectés. De nouveau, nous passons une sécurité renforcée, avant de nous garer face à l’un des immeubles. Une fois à l’intérieur, nous découvrons des bouts de décors futuristes, qui serviront sans nul doute pour le tournage de certaines scènes du film.

Nous sommes alors présentés à Neil Corbould, superviseur des effets spéciaux du film récompensé par deux Oscars au cours de sa carrière (Gladiator puis Gravity). Aussi passionné que passionnant, ce dernier ne se fait alors pas prier pour nous donner des explications techniques sur les principaux défis rencontrés sur ce tournage. Derrière lui, nous apercevons ce qui s’apparente à une reproduction de cargo d’avion militaire Galaxy C5 à l’intérieur duquel il nous est proposé d’embarquer.

Nous empruntons une échelle (“Ne regardez pas en bas !'” nous met-il en garde) et pénétrons en effet “dans” l’avion, reproduit à l’identique si ce n’est que tout est en mousse : une astuce qui permet de tromper l’oeil des téléspectateurs tout en assurant aux acteurs et à leurs doublures de pouvoir tourner les cascades sans se blesser. Plus qu’un simple décor, ce cargo est motorisé afin de tourner sur lui-même et reproduire à l’écran les effets d’une chute libre de l’appareil. Bien entendu, pour des raisons de sécurité, il nous est impossible de tester cela, d’autant qu’à l’époque le décor n’était pas encore totalement terminé.

Ainsi s’achève notre première journée, alors que nous regagnons – toujours sous une pluie battante – notre hôtel à Budapest. Sentant peut-être un léger sentiment de déception parmi les journalistes, Kimberly se veut rassurante et promet que nous n’avons encore rien vu et que le programme du lendemain rattrapera amplement les désagréments de cette première journée.

Jour 2

“Il ne faut pas prier Linda Hamilton pour qu’elle débite des grossieretés”

Mercredi 5 septembre. Les intempéries de la veille ont laissé la place à un grand soleil, doublé d’une chaleur humide et étouffante. Nous nous rendons cette fois-ci aux célèbres studios Origo, ayant récemment accueilli les prises de vues de films tels que Blade Runner 2049 et Atomic Blonde. Contrairement au champ de boue de la veille, nous découvrons ici d’impressionnantes installations modernes et d’immenses hangars de tournage.

Seulement, c’est vers une tente que nous nous dirigeons dans un premier temps. Après une collation et l’installation bienvenue d’une climatisation, nous recevons la visite surprise du réalisateur Tim Miller, disponible pour répondre à nos questions le temps d’une courte interruption du tournage… A l’instar de ses comédiens la veille, le réalisateur de Deadpool n’entend pas aborder le contenu du film. Ainsi, quand un de nos confrères allemand lui demande de résumer l’intrigue de Terminator 6, Miller lui répond avec un cinglant “Non, allez vous faire f**tre” qui fait rire toute l’assemblée des journalistes, mais pas l’auteur de la question, un brin vexé.

Engagé personnellement par James Cameron, producteur du film et superviseur de l’histoire, Tim Miller nous explique alors avoir voulu revenir aux origines de l’Histoire, en alliant une bonne histoire avec le sens du grand spectacle sans pour autant céder à la surenchère d’effets spéciaux. Ainsi, l’idée d’un road-movie s’est très vite imposée, tout comme celle que ses personnages principaux seraient des femmes. Interrogé sur sa collaboration avec Linda Hamilton, le cinéaste paraît aux anges, révélant d’ailleurs n’avoir eu aucun mal à convaincre cette dernière de jurer. “Nous ne savons pas encore si le film sera Rated-R ou PG13 donc nous tournons une version de chaque” expliquait-il à l’époque, alors que nous savons désormais que le film sera bel et bien grossier et violent.

S’il confirme lui aussi que son film sera la suite directe du second Terminator, faisant ainsi abstraction des épisodes 3, 4 et 5, le cinéaste refuse toutefois de critiquer le travail de ses prédécesseurs (McG, Jonathan Mostow et Alan Taylor). Mais très vite, son naturel reprend le dessus, puisqu’il qualifie alors ces films de “m*rdique”… une petite gaffe dont il se rend immédiatement compte, et qui le fait d’ailleurs beaucoup rire. Une fois l’entretien terminé, des ouvriers installent dans la tente un moniteur directement relié au hangar où se tournent les séquences de la journée.

Les journalistes trépignent d’impatience à l’idée de suivre en direct les prises de vues, mais déchantent très vite : pendant une bonne heure si ce n’est deux, nous n’assistons qu’à la préparation des lumières et des caméras, et les acteurs ne sont pas présents sur le plateau, mais remplacés le temps des installations par leurs doublures. Toutefois, le tournage finit par démarrer pour de bon, et bien que nous ne les voyons qu’à travers un écran de télévision, nous sommes néanmoins impressionnés par la vision sur un même plateau de Linda Hamilton et d’Arnold Schwarzenegger.

Nouvelle « rencontre » avec Arnold Schwarzenegger

Une scène se tourne : nous n’avons pas le contexte ni la moindre information sur son déroulement. Poursuivis par Gabriel Luna, le trio féminin et Arnold Schwarzenegger sont à la recherche d’une issue de secours. Une courte scène de 30 secondes, qui nécessite de nombreuses prises sous divers angles. Nous suivons la première prise, la seconde, la dixième… et à force d’assister encore et encore à la même scène, l’ennui commence à s’installer. C’est alors que Kimberly nous apprend que par petits groupes, nous allons pouvoir pénétrer dans le studio et assister de visu au tournage de la scène.

Concrètement, rien de nouveau par rapport à ce que nous venons de voir… et pourtant ! En pénétrant sur le plateau, nous découvrons une centaine de personnes employés au tournage de cette simple scène, dans un décor tellement immense que nous ne savons pas où donner de la tête. Les caméras se trouvent un peu partout – y compris sur une grue qui surplombe la scène.

Comme la veille, c’est de loin que nous avons l’occasion d’apercevoir Arnold Schwarzenegger, mais quelle émotion de voir en personne l’interprète du T-800 déclamer quelques lignes de dialogue (“The exit is over here” déclame-t-il avec son accent germanique), puis sortir du champ de la caméra et effectuer quelques exercices d’étirement sur une barrière. A 71 ans, l’ancien bodybuilder reste dans une forme olympique. Moment touchant que nous le voyons rater une prise en oubliant sa réplique; visiblement contrarié par ce faux-pas et furieux envers lui même, “Schwarzy” insiste pour retourner immédiatement la scène, qu’il joue cette fois-ci à la perfection.

L’une des grandes questions de ce set-visit aura été pour nous de savoir si oui ou non nous allions pouvoir rencontrer Arnold Schwarzenegger. L’interview de Tim Miller était après tout inattendue, donc tout espoir n’est pas perdu ! C’est pourquoi nous demandons régulièrement (à tour de rôle) à Kimberly si une rencontre sera ou non possible avec la superstar. Au fil de la journée, sa réponse évolue de plutôt oui à plutôt non, et inversement.

Un doute qui va donc persister toute la journée, y compris au moment de rentrer à l’hôtel. Alors que nous nous apprêtons à regagner le bus, Kimberly nous demande d’attendre car elle attend une réponse imminente. Bien que rien ne soit garanti, nous ne pouvons nous empêcher d’y croire… malheureusement, la réponse ferme et définitive va alors tomber : non, Arnold Schwarzenegger ne viendra pas à notre rencontre.

Nous quittons donc le studio un peu déçus, un sentiment très vite effacé par les souvenirs de cette visite. Après une dernière nuit à l’hôtel vient le lendemain matin le temps des adieux alors que les journalistes repartent dans leur pays respectif. Si certains ont opté pour des vols matinaux, d’autres disposent du temps nécessaire pour visiter Budapest et prendre un petit-déjeuner à l’hôtel… Vient alors le dernier pied de nez du destin, quand nos confrères allemand et espagnol nous envoient leur selfie pris avec Arnold Schwarzenegger, présent cette même matinée dans le lobby du Four Seasons !

Parfois, on maudit les petits détails cruels de notre existence et bien que nous ne soyons pas en position de nous plaindre, l’ironie du sort est quand même rageante… Reste désormais à se dire que cette rencontre avec l’idole de notre enfance n’est que partie remise. We’ll be back

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *